Actualité
9 novembre 2017
Atmo Auvergne-Rhône-Alpes
Evaluation de la qualité de l’air
Transports
Urbanisme

Projet d’aménagement urbain grenoblois, quels impacts sur la qualité de l’air ?

Vue grenoble actu
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Un nouveau plan de circulation est en place dans le centre-ville depuis mi-avril 2017 dans le cadre du projet d’aménagement « Cœurs de ville, Cœurs de Métropole » initié par Grenoble-Alpes Métropole. De nombreuses analyses, basées sur les données de mesures d’Atmo Auvergne-Rhône-Alpes ont alimenté un débat local riche. Voici un point d’étape concernant les premiers résultats et les études prévues pour réaliser une évaluation détaillée des impacts du projet.

Le projet d’aménagement « Cœurs de Ville, Cœurs de Métropole » initié par Grenoble-Alpes Métropole concerne notamment le centre-ville de Grenoble. Ce projet global inclut notamment l’extension du plateau piéton et la requalification des boulevards Rey-Sambat-Lyautey visant à favoriser le partage de l’espace public entre les différents modes de déplacements et faciliter l’usage des modes doux. Un nouveau plan de circulation est donc en place dans le centre-ville de Grenoble depuis mi-avril 2017 et des aménagements urbains sont prévus en 2018-2019. Ce projet, en agissant sur les pratiques de mobilité, est susceptible d’avoir des impacts sur la qualité de l’air de l’agglomération grenobloise.

Les données de mesures d'Atmo Auvergne Rhône-Alpes mises à disposition gratuitement sur le site Internet de l'observatoire  ont donné lieu à de nombreuses analyses de la part de métropolitains qui ont alimenté un riche débat local autour des enjeux de la qualité de l’air.

 

Les aménagements urbains impliquant des modifications du plan de circulation ont des effets sur la qualité de l’air qui peuvent être complexes

Les effets sur la qualité de l’air d’un projet global d’aménagement tel que « Cœurs de ville, Cœurs de Métropole » sont complexes. En effet, ils peuvent varier selon les secteurs mais également évoluer dans le temps en lien avec les changements progressifs des pratiques de mobilité.

D’une manière générale, ce projet d’aménagement peut avoir un effet global plutôt positif sur la pollution de fond du cœur de l’agglomération (en lien avec une réduction du trafic global de la zone), associé à des effets locaux qui peuvent se développer sur certains secteurs (en lien avec des phénomènes de « reports de trafics »). Ces effets locaux peuvent être positifs ou négatifs selon que le projet conduit à une baisse ou à une augmentation des niveaux de trafic sur l’axe considéré.

Ainsi, afin qu’un projet d’aménagement urbain contribue à la réduction de l’exposition des grenoblois à la pollution atmosphérique, il doit assurer :

  • Une réduction des niveaux de trafic globaux afin de réduire le niveau de pollution de fond,
  • Une bonne maîtrise des effets locaux liés aux reports de trafic.

 

Evaluer les impacts sur la base d’une seule station de mesure : une approche partielle mais qui apporte quelques éléments de réponse

Différentes analyses ont été réalisées par des métropolitains depuis mai dernier sur la base des données de mesure disponibles en « open data » sur le site d’Atmo Auvergne-Rhône-Alpes. Ces analyses étaient fondées sur les données collectées au niveau de la station de mesure « Grenoble Boulevard » située dans le centre-ville de Grenoble en situation de proximité trafic.

Etat des lieux actuel sur la base des données de la station fixe « Grenoble Boulevard »

Il convient tout d’abord de rappeler qu’il faut être prudent dans toute tentative d’évaluation des impacts d’une action publique en fondant une analyse sur un unique point mesure. En effet, d’une part une mesure ponctuelle ne permet pas de traduire toute la complexité des effets attendus par un projet tel que « Cœurs de ville, Cœurs de Métropole », et d’autre part, il est délicat d’attribuer des variations de niveaux de polluants à une action spécifique en raison des multiples facteurs d’influence susceptibles d’interférer (e.g. variabilité des conditions météorologiques, autres sources de variation du trafic routier que l’aménagement lui-même…).

L’analyse détaillée des données collectées au niveau de la station « Grenoble Boulevard » peut toutefois être pertinente et permettre d’établir certaines conclusions, même si elles peuvent être assez partielles et limitées à ce point de mesure.

La donnée présentée ci-dessous, directement interprétable, correspond aux concentrations moyennes mensuelles de dioxyde d’azote (NO2) mesurées au niveau de la station Grenoble Boulevard au cours des 10 dernières années. Le NO2 est un polluant largement lié au trafic routier qui constitue donc un bon indicateur de son impact. Le seuil réglementaire (40 µg/m3 en concentration moyenne annuelle) est dépassé de manière récurrente en situation de proximité trafic dans l’agglomération grenobloise.

La figure ci-dessous indique que :

  • Les niveaux de NO2 présentent une variation saisonnière (liée notamment à la variation des conditions de stabilité atmosphérique).
  • Les niveaux de NO2 présentent une certaine variabilité interannuelle. Toutefois, au-delà de cette variabilité il y a une tendance progressive et lente à la diminution des concentrations (cette évolution tendancielle est conforme à ce qui est constaté sur l’ensemble du réseau de mesure).
  • De janvier à avril 2017 (avant la mise en place du nouveau plan de circulation ; voir courbe rouge), les niveaux de NO2 sont plutôt inférieurs à ceux enregistrés les années précédentes (conformément à la tendance à la baisse des niveaux de NO2). A partir de mai 2017, les niveaux de NO2 sont proches de la valeur moyenne des 10 dernières années. Compte tenu de la coïncidence temporelle entre cette augmentation relative modérée (par rapport au fuseau des 10 dernières années) et la mise en place du nouveau plan de circulation, il est impossible d’exclure un lien de causalité.
  • Les niveaux de NO2 mesurés depuis la mise en place du nouveau plan de circulation sont inclus à l’intérieur du « fuseau » des 10 années précédentes (très proche du niveau moyen des 10 dernières années).
  • Les données d'une seule station de mesure ne permettent pas d'évaluer l'évolution des populations impactées par le projet sur l’ensemble du cœur de l’agglomération
Graphe mesures grenobles_actu

Remarque : les niveaux de NO2 enregistrés au niveau du laboratoire mobile implanté sur le site de caserne de Bonne depuis début 2016 présente des évolutions analogues.

Un enjeu d’agir sur les transports routiers pour réduire l’exposition des grenoblois
Sans être exceptionnelle pour une agglomération de cette dimension, la situation du territoire métropolitain concernant la pollution atmosphérique est sensible. Une centaine de décès sont attribuables chaque année à l’exposition à la pollution de l’air (Morelli et al., 2016). Les seuils réglementaires et les valeurs guides recommandées par l’OMS concernant les particules en suspension et le dioxyde d’azote sont dépassés de manière récurrente sur le territoire de la Métropole Grenobloise. Le cœur de l’agglomération et les zones de proximité routière sont particulièrement exposés à la pollution atmosphérique.
Les transports routiers ont une responsabilité marquée dans l’exposition des grenoblois à la pollution de l’air, en effet, ils contribuent à la pollution de fond (52 % des émissions d’oxydes d’azote et de 21 % des émissions de particules PM10) mais sont aussi responsables de la « surexposition » des populations résidant en bordure de voiries.
D’une manière générale, il existe quatre leviers principaux permettant de réduire les émissions de polluants atmosphériques des transports routiers :    - La diminution du trafic (transports de marchandise et de personnes), le développement des transports en commun et des modes actifs sont des moyens d’agir dans ce sens    - L’évolution du parc roulant vers des véhicules "plus propres" notamment par la mise en place de Zone à Circulation Restreinte.
    - L’amélioration de la fluidité du trafic,
    - L’optimisation de la vitesse de circulation,
Outre, les transports routiers, il convient de noter que le chauffage au bois individuel non performant, le secteurs industriel et agricole ont également une responsabilité dans l’exposition de la population à la pollution atmosphérique.

 

Une étude d’évaluation détaillée sera conduite en 2018 afin de décrire les effets « qualité de l’air » du projet dans toute leur complexité

La sensibilité du cœur de l’agglomération sur le plan de la pollution de l’air justifie qu’une évaluation adaptée des impacts du projet « Cœurs de ville, Cœurs de Métropole » soit réalisée. Ainsi, il est prévu qu’Atmo Auvergne-Rhône-Alpes réalise en 2018 une étude qui comportera deux volets :

  • Une campagne de mesures dans le cœur de l’agglomération. Elle a pour objectif d’évaluer la situation « Après mise en place du nouveau plan de circulation » et viendra compléter les campagnes de mesures conduite en 2014 et 2016 qui ont permis de qualifier de la situation « Etat initial »
  • Une évaluation par modélisation. Les modèles de qualité de l’air utilisés par Atmo Auvergne-Rhône-Alpes permettent de cartographier la qualité de l’air de l’agglomération à haute résolution spatiale. Ces modèles prennent en compte les émissions des différents secteurs d’activité (dont trafic routier), le relief, le bâti (e.g. influence des « rues canyons »), les conditions météorologiques etc. Ces modèles seront mobilisés pour simuler les conditions « Avant » et « Après » et ainsi évaluer les impacts du nouveau plan de circulation sur la qualité de l’air. Cette approche demande de disposer d’une description fiable du trafic dans les deux conditions simulées.

Cette étude sera conduite en 2018 et les résultats seront connus début 2019.

illustration campagne grenoble 2016