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3 juillet 2020
Activités agricoles
Evaluation de la qualité de l’air
Recherche/coopération

Campagne nationale exploratoire des résidus de pesticides dans l’air : ce qu’il faut en retenir pour la région Auvergne-Rhône-Alpes

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Atmo Auvergne-Rhône-Alpes, comme tous les observatoires régionaux de surveillance de l’air (AASQA), a contribué à la réalisation d’une campagne nationale exploratoire des résidus de pesticides dans l’air dont les résultats sont publiés le 2 juillet 2020. Cette campagne offre une photographie à l’instant T, sur la base d’un protocole de mesure harmonisé, de la présence des pesticides dans l’air et permettra à terme de définir une stratégie nationale de surveillance pérenne.

Contribuant à un échantillon national, les résultats recueillis pour la région Auvergne-Rhône-Alpes n’ont pas vocation à dresser un bilan territorial représentatif de notre région. Cependant, ils permettent de compléter les connaissances et alimenter une base régionale de résultats déjà consistante. Bien que ces substances ne soient pas réglementées dans l’air, Atmo Auvergne-Rhône-Alpes conduit depuis 15 ans un programme de surveillance destiné à mesurer la présence de ces molécules dans l’atmosphère, principalement financé dans le cadre des Plans Régionaux Santé Environnement 1 et 2. L’ensemble de ces travaux est réalisé en liaison avec les acteurs locaux du monde agricole dans l’objectif de partager les connaissances et contribuer à l’évolution vers une agriculture plus sobre dans l’usage des pesticides. Les études et données sont intégralement publiées sur le site www.atmo-aura.fr, ainsi que consultables en opendata.

A l’occasion de cette campagne nationale, ATMO AuRA constate que ces nouvelles données sont cohérentes et confirment les précédentes études faites sur la région.

Une photographie nationale de la présence des pesticides dans l’air

Lancée en juin 2018, cette campagne exploratoire nationale pilotée par l’ANSES avec l’appui technique de l’INERIS a permis de mesurer, sur la même année et selon un protocole commun, 75 substances sur 50 sites. Les 112 000 données recueillies viendront alimenter la base nationale des données sur la qualité de l’air « GEOD’AIR » et permettent d’obtenir une photographie nationale des niveaux de concentration en résidus de pesticides dans l’air. Cette campagne vise à documenter l’exposition de la population aux pesticides dans l’air, et servira à préparer une stratégie nationale de surveillance pérenne des pesticides dans l’air ambiant.

Atmo Auvergne-Rhône-Alpes a participé à cette étude en réalisant des prélèvements d’air sur 4 sites sélectionnés pour répondre aux critères de cette campagne nationale : 3 urbains et 1 rural en zone habitée éloignée de toutes proximités directes aux cultures. Ces derniers se situent dans le Cantal, le Puy-de-Dôme, la Drôme et le Rhône et permettent d’observer la présence de résidus de pesticides dans l’air pour quatre types de pratiques agricoles : grandes cultures, élevage, viticulture et arboriculture.

Plus de 15 années de mesure en Auvergne-Rhône-Alpes

Compte-tenu de la grande diversité agricole de la région Auvergne-Rhône-Alpes, ces nouveaux résultats alimentent donc une étude nationale et n’ont pas vocation, avec seulement 4 sites, à dresser une situation des pesticides dans l’air sur notre région.  

La présence des pesticides dans l’air est étudiée depuis 15 ans par Atmo Auvergne-Rhône-Alpes. L’observatoire a déjà réalisé des mesures sur 25 lieux de la région et bénéficie ainsi d’une solide base de connaissances pour documenter la présence des pesticides en zone rurale et urbaine. Plus de 90 substances différentes ont ainsi été identifiées depuis 2005 sur 186 recherchées.  

Les résultats de cette campagne exploratoire nationale confortent les données produites et les principaux constats précédemment observés par Atmo Auvergne-Rhône-Alpes.   Ces dernières sont régulièrement compilées dans la base PhytAtmo accessible en opendata sur les sites Atmo France et data.gouv.fr.

Des concentrations en pesticides variables dans le temps

La présence des pesticides dans l’air, en nombre de substances ou en quantité, varie selon les saisons. Elle est fortement liée aux cultures avoisinantes et à leurs traitements. Par exemple, la famille des fongicides est utilisée en fin de printemps et durant l’été en viticulture ; les herbicides sont utilisés en fin de printemps et en automne notamment sur les grandes cultures céréalières.

Les familles de pesticides et quelques substances plus présentes

Les fongicides et les herbicides sont les familles les plus retrouvées, avec une prédominance de fongicides sur les territoires d’arboriculture et de viticulture, et d’herbicides sur les secteurs de grandes cultures céréalières.

Bien que les prélèvements aient été réalisés loin des cultures, certaines substances sont également plus fréquemment détectées et mesurées, comme le s-métolachlore et la pendiméthaline, herbicides utilisés sur les cultures du tournesol, du blé, de l’orge et du maïs.

Des molécules mesurées loin de leur lieu d’émission

Les pesticides sont présents dans l’air à proximité du lieu où ils ont été émis mais ils peuvent aussi être retrouvés dans l’atmosphère urbain comme à Lyon et Valence, avec une présence de pesticides dans l’air mais dans des niveaux moindres qu’en milieu rural proche des zones de culture. Ce constat se vérifie avec cette campagne nationale dont l’objectif est une mesure éloignée de la proximité directe des cultures et des traitements. Trois des quatre sites de notre région sont des sites urbains.   

Des pesticides interdits toujours détectés dans l’air

Malgré leur interdiction, certaines molécules persistent encore dans l’environnement comme le lindane (Insecticide interdit depuis 1998). Le lindane est le pesticide retrouvé le plus fréquemment dans les mesures sur les 4 sites de la région. Il a été utilisé massivement pendant 50 ans en tant qu’insecticide en agriculture, et comme produit de protection du bois. D’autres substances interdites ont pu être détectées mais très ponctuellement.

Perspectives

Atmo France et les AASQA rappellent la nécessité de la mise en œuvre d’une surveillance nationale règlementaire adossée à des valeurs de gestion. L’élaboration de ces dernières est incontournable afin de répondre aux questionnements et problématiques locales des territoires.

Dans cette attente, les AASQA réaffirment les recommandations suivantes :

  • Multiplication des sites de mesures pérennes afin de produire une information locale, fiable et représentative ;
  • ncorporation de la mesure des pesticides dans l’air ambiant comme indicateur de suivi dans les dispositifs actuels de réduction de l’usage des pesticides ;
  • Mise en place d’une plateforme nationale d’enregistrement des produits phytopharmaceutiques pour centraliser aussi bien les achats de pesticides que leur utilisation recommandée par le rapport parlementaire de la mission d'information commune sur le suivi de la stratégie de sortie du glyphosate de novembre 2019 ;
  • Prise en compte du suivi des pesticides dans l’air dans les politiques de santé environnementale.

Pour aller plus loin sur le sujet :