Actualité
19 mars 2020
Air et Santé
Air intérieur
Atmo Auvergne-Rhône-Alpes
Evaluation de la qualité de l’air

Coronavirus : quelles sont les conséquences directes et indirectes sur la qualité de l’air ?

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La période est complexe, pour tous, sur le plan économique, politique, sanitaire évidemment, mais peut-être que l’environnement pourrait tirer parti de la situation… 

Depuis quelques semaines, nombreux sont ceux qui ont mis en évidence les effets écologiques positifs du coronavirus. En Chine, selon Carbonbrief ce seraient au moins 100 millions de tonnes de CO2 qui auraient déjà été évitées “grâce” au virus. A Milan, selon les données présentées par Copernicus, les concentrations moyennes de N02 ont chuté d'environ 65 mg/m3 en janvier à 35 mg/m3 lors de la première quinzaine de mars. A quoi peut-on s’attendre en termes de qualité de l’air pour la région Auvergne-Rhône-Alpes ? Quelles sont les conséquences collatérales ? On fait le point en 4 questions.

 

1- Est-ce que le confinement de la population va engendrer une baisse de la pollution ?

2- Est-ce que la baisse de pollution attendue peut avoir une incidence bénéfique sur notre santé ?

3- Et finalement avec ce confinement qu’en est-il de l’air intérieur ?

 4- Est-ce que si je suis allergique je suis plus vulnérable ?

 

1- Est-ce que le confinement de la population va engendrer une baisse de la pollution ?

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Oui, cela va engendrer une baisse de pollution, c’est certain puisque moins de polluants sont émis, notamment par le trafic, mais pas forcément pour tous les polluants… En effet, la chimie de l’air est complexe. Par exemple, certains polluants dits « secondaires » ne sont pas directement émis directement par les activités anthropiques, ils se forment dans l'atmosphère par réaction chimique. Les conditions météorologiques sont aussi un facteur important à prendre en compte car elles peuvent influencer positivement ou négativement l’état de la qualité de l’air.

Pour l’instant, nous n’avons pas encore assez de recul sur les données locales et nationales pour avoir une évaluation fine. Nous devons, pour établir les niveaux de la qualité de l’air, modifier nos modèles de prévision et récupérer des données telles que le pourcentage de diminution du trafic, le nombre d’usines en arrêt...En attendant une évaluation plus fine, voici déjà quelques explications sur les tendances attendues polluant par polluant après ces premiers jours de confinement.

Concernant le dioxyde d’azote, la source principale étant le trafic routier, les émissions vont baisser et par conséquent les concentrations également, dans une proportion moindre certainement (Cf encadre ci-dessus). Néanmoins, il faut aussi prendre en compte que depuis mardi les conditions météorologiques sont peu dispersives (par rapport à la fin de semaine dernière juste avant le confinement).

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Concernant les particules fines, les sources sont plus diversifiées : transports, industries, chauffage individuel et activités agricoles. Le chauffage représente à l’échelle de la région la plus forte contribution (54%), les transports (14%) et les activités agricoles comme le travail du sol (18%).  Compte tenu des températures, on peut s’attendre à une baisse des émissions du chauffage, même si la population reste à la maison.

A cette époque de l’année, il faut aussi prendre en compte la formation de particules secondaires à partir de l’ammoniac, émis par les épandages d’engrais organiques et minéraux, et les oxydes d’azote, émis par le trafic. L’impact est ici plus difficile à estimer car les épandages continuent et il y a toujours des oxydes d’azote dans l’air même si les émissions sont réduites.

Et enfin, les particules fines peuvent également être d’origine naturelle, comme l’import de poussières sahariennes (cf. Article). Sur les journées du 18 et 19 mars, nous avons pu constater un impact probable de ces particules sur la partie auvergnate de la région.

Compte tenu de tous ces éléments, l’impact du confinement entrainera une baisse des émissions de particules fines dans l’air, l’évolution des concentrations d’un jour sur l’autre en revanche pourra être influencée par les conditions météorologiques plus ou moins favorables à la dispersion.

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Les stations en proximité de voiries urbaines enregistrent une baisse des concentrations pour les PM10. En revanche, sur les stations de fond urbain de des grandes agglomérations, les concentrations n'affichent pas de nettes variations entre le mercredi 11 et le mercredi 18 mars.

Enfin, il y a l’ozone, polluant secondaire, formé à partir de l’action du rayonnement solaire et des polluants primaires, tels que les oxydes d’azote et composés organiques volatils. Avec l’augmentation des températures, les concentrations d’ozone devraient tendre à la hausse. L’impact sur la pollution secondaire est donc nettement plus difficile à évaluer.

En résumé, une baisse des concentrations de polluants primaires est certaine, malgré les conditions peu dispersives. En revanche, l’impact sur la pollution secondaire est nettement plus difficile à évaluer, en mode prévisionnel.

Dans cette période si particulière, ce sera l’occasion pour tous d’expérimenter à échelle réelle des restrictions de circulation ou de diminutions d’émissions assez radicales. C’est pourquoi Atmo Auvergne-Rhône-Alpes étudiera dans les prochaines semaines avec attention les impacts sur la qualité de l’air, suite à cette situation exceptionnelle que traverse la France.

 

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2- Est-ce que la baisse de pollution attendue peut avoir une incidence bénéfique sur notre santé ? 

Alors, certes on peut se réjouir d’une baisse potentielle de la pollution de l’air, mais il faut aussi rappeler que les conséquences sanitaires de la pollution de l'air sont dues avant tout aux expositions chroniques donc quelques semaines dans une vie avec une meilleure qualité de l’air ne seront peut-être pas très significatives pour la santé... L’enjeu réside dans une résorption durable de la pollution de l’air, par une activité économique performante, des technologies vertueuses et moins émettrices, une organisation de la société plus responsable, par des actions publiques fortes.

 

3- Et finalement avec ce confinement qu’en est-il de l’air intérieur ?

En effet, nous allons pour la plupart devoir rester enfermés chez nous sans la possibilité de sortir. Les activités dans les logements sont accrues : cuisine, bricolage, peinture, sont autant de pratiques susceptibles de générer des polluants dans l’air des habitations. Ils s’y concentrent alors même que nous y sommes présents toute la journée ! Ces polluants peuvent être responsables de l’aggravation de maladies respiratoires comme l’asthme et l’allergie.

Pas de panique, des solutions existent ! La plus simple : ouvrir ses fenêtres tous les jours 10 mn le matin et le soir durant cette quarantaine.

Actions pour un air intérieur sain - renouveler l'air (campagne de l'air)

Pour ceux qui auraient des craintes quant au coronavirus, vous ne risquez rien en ouvrant vos fenêtres. Nous ne sommes pas dans un cas de confinement pour incident industriel par exemple ! Le virus se transmet par des minuscules gouttelettes qui sont projetées dans l’air à 2 m en moyenne, par une personne malade qui tousserait ou éternuerait devant vous.

Nous ferons prochainement un article plus complet sur le sujet de la qualité de l’air intérieur, en attendant voici quelques informations complémentaires :  https://www.atmo-auvergnerhonealpes.fr/article/ma-maison
 

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4- Est-ce que si je suis allergique je suis plus vulnérable ?

Comme nous vous l’annoncions dans un article en février dernier, la saison pollinique a recommencé, avec son lot de gênes et désagréments pour les personnes allergiques. Dans le contexte du coronavirus, les personnes allergiques peuvent être plus fragiles, en raison d’un état inflammatoire du système respiratoire. L’allergie en elle-même n’est pas un facteur de risque mais il est important dans cette période de contrôler son allergie, par le suivi de traitement indiqué par le médecin.