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En quelques semaines, le Covid-19 nous a fait découvrir l’univers des masques de protection individuelle, avec parfois des dénominations techniques un peu obscures ou une multitude d’informations sur l’efficacité des différents modèles ou sur l’entretien de ceux-ci. Si contrairement aux pratiques dans les pays d'Asie, porter un masque ne fait pas jusqu’à présent partie de nos habitudes, certains français l’ont déjà adopté pour se soustraire à la pollution atmosphérique. En effet, il est de plus en plus courant de voir des cyclistes ou des piétons en arborer dans les grandes villes, en particulier lors des pics de pollution. Cependant, on peut s’interroger sur l’efficacité de ces masques anti-pollution. De quoi protègent-ils exactement ? Et quelles sont les autres alternatives pour amoindrir son exposition à la pollution ?  

 

De quoi parle-t-on exactement quand on évoque la pollution atmosphérique ?

Chaque jour, un adulte inhale environ 15 mètres cube d’air en fonction de sa morphologie et de ses activités. Outre l’oxygène et l’azote et quelques autres gaz en faible quantité, l’air peut également contenir de très faibles quantités de substances ayant des conséquences préjudiciables de nature à mettre en danger la santé humaine et à nuire aux écosystèmes. L'air est plus ou moins contaminé par des centaines de polluants gazeux, liquides ou solides, d'origine naturelle (végétation dont les pollens, déserts, océans, volcans...) ou produits par les activités humaines.

Parmi les polluants solides ou liquides, on compte les particules ou aérosols, de tailles très variables (cf. encart ci-dessous). Elles peuvent être d’origine naturelle (poussières minérales par exemple) ou proviennent de la combustion à des fins énergétiques (chauffage des logements et bâtiments, production d’énergie), de différents matériaux (bois, charbon, pétrole). Le transport routier est également contributeur (imbrûlés à l’échappement, usure des pièces mécaniques par frottement, des pneumatiques…), tout comme les activités industrielles (sidérurgie, incinération, chaufferie), ou agricoles (notamment au moment des épandages).  

 

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Pics de pollution versus pollution de fond : quels impacts ? 
Les effets de la pollution sur la santé sont classés en deux groupes : 
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- Les effets à court terme c’est-à-dire après une exposition de courte durée. Les épisodes de pollution, par exemple, entrainent une hausse importante des concentrations par rapport aux niveaux de fond, de manière temporaire. 
- Les effets à long terme qui surviennent en raison d’une exposition chronique à la pollution de l’air c’est-à-dire après des  expositions répétées ou continues tout au long de la vie. En termes d’impacts sanitaires, pour une même durée d’exposition, les pics de pollution présentent des impacts plus importants que les niveaux de fond. C’est pourquoi des mesures spécifiques sont prises en cas de concentration élevée en polluants. En revanche, du fait de la durée d’exposition, c’est bien la pollution chronique qui cause globalement le plus d’impacts sanitaires. 

 

Alors les masques anti-pollution sont-ils vraiment efficaces pour se protéger ? 

Concernant la protection contre les particules et autres aérosols, une réglementation permet de classer les masques en fonction de leur efficacité. Il s’agit de la norme EN149, la plus connue pour les masques antipoussières jetables. 

Elle ne concerne pas le masque chirurgical, son rôle se résume à réduire l'émission de gouttelettes vers les personnes qui entourent le porteur et non de le protéger de l'extérieur. Notons ici qu’un simple foulard arrêtera les plus grosses poussières et grains de pollen, en somme il jouera plus ou moins le même rôle que les poils du nez.
 

Pour les masques dits "FFP" (FFP1, FFP2 et FFP3) « filtering facepiece particles» qui couvrent le nez, la bouche et le menton, ils doivent répondre à certaines exigences : 

  • les filtres FFP1 arrêtent au moins 80% des aérosols 
  • les filtres FFP2 arrêtent au moins 94% des aérosols 
  • les filtres FFP3 arrêtent au moins 98% des aérosols. Ces masques sont recommandés pour un usage professionnel. 
     

L’ANSES (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail) a évalué le bénéfice sanitaire potentiel lors d’une étude entre 2015 et 2018 sur les 215 références de masque dit « antipollution ». L’expertise a pointé l’insuffisance de données disponibles attestant d’un bénéfice pour la santé. Elle a mesuré l’efficacité de ces masques en laboratoire, à travers notamment deux paramètres, la qualité de la filtration et l’étanchéité du dispositif sur le visage, ainsi que leur efficacité en conditions réelles. L’efficacité d’un masque dépend de sa conception, des performances du filtre dont il est équipé, et d’autres paramètres tels que son adaptation à la morphologie de l’utilisateur. Ainsi, si l’efficacité d’un masque testé en laboratoire peut s’avérer élevée, elle ne reflète pas pour autant l’efficacité en conditions réelles d’utilisation par la population en général. En effet, l’efficacité diminue du fait d’un mauvais ajustement au visage, du manque d’entretien du masque, de l’absence d’information et de formation de l’utilisateur, d’une activité physique intense, etc. 
Par ailleurs, la plupart des masques dits « antipollution » recensés sur le marché français sont conçus pour protéger des particules présentes dans l’air ambiant et ne protègent pas contre les substances présentes à l’état gazeux (en l’occurrence le dioxyde d’azote, polluant majoritairement émis par le trafic routier dont les concentrations.

L’expertise de l’ANSES conclut à l’insuffisance de données disponibles, notamment en conditions réelles d'utilisation, pour attester d’un bénéfice sanitaire lié au port de masques dits « antipollution » par le grand public. De plus on pourrait aussi avoir un effet contraire car la personne qui l’utilise pourrait s’estimer mieux protéger et donc s’exposer plus impunément au trafic automobile par exemple.  

 

Comportement à adopter pour être moins exposé à la pollution atmosphérique

Alors que faire ? Bien sûr, poursuivre les efforts pour un air de meilleur qualité, mais au quotidien comment limiter son exposition ? Pour limiter son exposition individuelle et celle des proches, si la qualité de l'air est dégradée (moyenne ou médiocre), il est possible d’opter pour  des comportements limitant l’exposition à la pollution de l’air : éviter les heures de pointe pour faire un jogging, s’éloigner des axes routiers ou encore  éviter de se promener avec une poussette le long d'axes routiers très passants, mieux vaut s'aérer dans un espace vert protégé. 

 

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Jusqu’à quelle distance d’une infrastructure routière perçoit-on la pollution ? Suivant les études réalisées par Atmo Auvergne-Rhône-Alpes, à partir de l’analyse de prélèvements recueillis perpendiculairement à un axe routier, il a été démontré que les maximas de pollution se trouvent à proximité immédiate de l’axe et que les concentrations décroissent rapidement dans les 40 premiers mètres. Les concentrations sont divisées environ par 2 à 100 mètres de l’axe pour le dioxyde d’azote. A 300 mètres de l’axe, les concentrations de polluants sont souvent comparables aux niveaux de fond. 

 

« Choisissez l’itinéraire le moins pollué pour vos joggings, balades, trajets à vélo… » 

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Avec l’application Air to Go, vous pouvez connaître votre exposition sur votre trajet et choisir un itinéraire alternatif. Selon l’Observatoire Régional de Santé d’Ile de France, le choix de l’itinéraire lors d’un trajet à vélo permet de jouer sur deux aspects (temps de trajet et densité de trafic de l’axe parcouru) qui influencent fortement l’exposition à la pollution de l’air. Ainsi, des itinéraires fluides pour les cyclistes et à l’écart des grands axes de circulation peuvent diminuer le niveau d’exposition aux polluants. Dans une étude réalisée en 2015, l’observatoire régional de surveillance de la qualité de l’air en Occitanie  a démontré que le choix d'emprunter un axe avec peu de trafic routier a permis de réduire l'exposition moyenne du cycliste ou du piéton d’environ 40 % pour le dioxyde d'azote(NO2) et de 50 % pour les particulesPM10

 

« Moins exposé en faisant du vélo que dans ma voiture » 

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A noter aussi que contrairement à ce qu’on pourrait penser, les niveaux de polluants auxquels sont exposés les cyclistes sont près d’un tiers moins élevés que dans l’habitacle d’un véhicule, sur le même parcours.

Selon l'Ademe (Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie), les cyclistes sont plus libres de choisir leur place sur la chaussée et ils ont la possibilité d’emprunter certains aménagements tels que des pistes cyclables qui les éloignent légèrement du flux de circulation. (D'ailleurs en moyenne, l'exposition à la pollution est deux fois moins élevée pour le cycliste sur une piste séparée que dans la circulation automobile et 30 % moins élevée dans les couloirs de bus, selon une étude d'Airparif de 2009.) Même si le cycliste inhale plus d’air du fait de son effort physique, les bénéfices du vélo sont largement positifs pour la santé.