Actualité
14 mai 2020
Atmo Auvergne-Rhône-Alpes
Evaluation de la qualité de l’air

Les techniciens d’Atmo Auvergne-Rhône-Alpes racontent leur travail quotidien pendant deux mois de confinement

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Nous vous invitons à découvrir le témoignage de Mario Duval, responsable du support technique, et de certains des techniciens de l’observatoire. Depuis la mi-mars, ils sont restés mobilisés et ont assuré la maintenance sur le terrain du réseau de mesure de la qualité de l’air. Ils nous racontent comment ils ont adapté leurs activités et nous confient quelques anecdotes sur la façon dont ils ont vécu cette période de confinement. Une expérience riche et intense pour chacun d’entre eux et qui sera source d’enseignements pour organiser la suite de l’activité à l’heure du déconfinement progressif qui s’amorce.

Dans les coulisses de notre équipe technique à l'ére du coronavirus

L'observatoire régional peut compter sur une équipe de 16 technicien(ne)s de maintenance voué(e)s à l’entretien des 87 stations fixes et 17 remorques réparties sur les presque 70.000 km² de la région Auvergne-Rhône-Alpes. Lorsque l’annonce du confinement généralisé a été proclamée, il a fallu s’organiser rapidement pour assurer la continuité des mesures avec une priorité à la surveillance réglementaire considérant que les interventions techniques étaient souvent réalisées par une seule personne et qu'elles  occasionnaient rarement des interactions avec des tiers. L'équipe technique a été dès le départ motivée pour maintenir l'activité de terrain.

D’un point de vue pratique, il a été décidé immédiatement du mode de fonctionnement : le technicien garde à demeure un véhicule de l’association  avec le matériel nécessaire aux interventions ordinaires et sa maison devient son nouveau centre de maintenance d’où il part et revient du terrain. Bien entendu, des trajets ont parfois été effectués vers un des 6 pôles régionaux d'ATMO pour récupérer des pièces détachées ou du matériel voire effectuer des opérations de maintenance. Et cela a très bien fonctionné puisque la continuité des mesures a pu être assurée en tout point du territoire de surveillance. Il a fallu ensuite définir les priorités du jour au lendemain car l’équipe a été divisée par deux compte tenu des problématiques liées à la garde des enfants principalement :

  • Report des maintenances non cruciales pour le bon fonctionnement des appareils
  • Priorisation des mesures les plus importantes : mesures correspondant au réseau minimal souhaitées par les directives européennes et les mesures indispensables pour le bon fonctionnement de la chaîne de modélisation qui permettent, tous les jours, de réaliser des cartes de pollution à J, J+1 et J+2
  • Réorganisation si nécessaire du planning d’études (les 17 remorques) pour pouvoir assurer, coûte que coûte, la bonne réalisation des projets de nos partenaires d’ici la fin d’année

Revoir le fonctionnement et assurer la protection de l'équipe technique

Dans l’esprit des désormais célèbres « gestes barrières », nous avons également essayé de mettre en œuvre des moyens de protection de fortune, à l'époque où les masques n'étaient préconisés que pour les soignants : gants de laboratoire utilisés lors de la manipulation des prélèvements, masque périmé acheté pour la grippe A (H1N1) de 2009-2010, bidon d’eau dans la voiture pour se laver les mains et les rares fois où un travail en binôme était nécessaire, déplacement dans des voitures séparées et respect de la distanciation sociale. Dernier élément vital, le maintien du lien social pour échanger les informations, prendre des décisions rapides ou avoir des nouvelles sur l’impact familial et/ou personnel de cette nouvelle organisation du travail. Et dans ce domaine, la qualité du réseau de télécommunication a permis de remplir ce challenge car au-delà du bon vieux téléphone la solidité du réseau internet a permis la connexion aux serveurs, qui hébergent tous nos outils de travail, et la réalisation de visioconférences à chaque fois que cela a été nécessaire.

Alors cela a donné lieux à quelques situations cocasses que personnes n’auraient imaginées avant le 17 mars :

  • Visioconférence avec des bruits d’enfants en arrière-plan
  • Réunion sur le terrain depuis son smartphone
  • ou dans sa voiture garée devant chez soi pour ne pas être dérangé par la famille

Mais il a fallu également faire preuve d’une bonne capacité d’adaptation car, s’il n’a pas été facile pour certains de rester cloisonnés entre quatre murs, ce n’était pas non plus évident de sortir et travailler alors que la France, voire le monde, étaient confinés pour cause de virus potentiellement mortel. C’était étrange comme situation, personne sur la route avec une impression quand même d’être dans la zone interdite de la centrale de Tchernobyl, que tout était contaminé et qu’il fallait faire attention de ne rien toucher avec les mains, ce qui n’est pas simple pour un technicien. Et puis rien n’était ouvert, impossible de se laver les mains, d’acheter ou remplir une bouteille d’eau ou tout simplement se restaurer. Les premiers contrôles de police ont également été un peu anxiogènes compte tenu de la situation inédite et puis, même si c’était rare, la rencontre avec un autre terrien laisse une saveur particulière car on ne peut pas s’empêcher de le regarder avec défiance en ayant cette question lancinante en tête : est-ce qu’il va me contaminer ? Enfin, il a fallu également prendre en compte le questionnement des conjoints, pour qui l’intervention paraissait parfois ubuesque au vu de l’épidémie en cours, sachant que sa moitié(e) pouvait à tout moment être la porte d’entrée familiale du virus. Sur l’ensemble de l’équipe, aucun n’a utilisé son droit de retrait pour danger grave et imminent, merci !

Il va de soi que cette période nous aura appris beaucoup sur nos forces et nos faiblesses et qu’il faudra, à un moment donné, nous arrêter quelques minutes pour y réfléchir et construire, avec le monde de demain dont on n'arrête pas d’entendre parler, les rapports au travail de l’ère post-coronavirus.