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29 juillet 2019
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Particules ultrafines, carbone suie… retour sur les conclusions du rapport de l’ANSES

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L’ANSES alerte de nouveau, dans un rapport paru le 16 juillet 2019, sur la dangerosité des particules ultrafines appelées communément les PUF. 

Bienvenue dans le monde de l’infiniment petit

Vous connaissiez surement les particules fines PM10, peut-être moins les PM2.5 ou PM1, voici maintenant les particules ultrafines ou PUF. Elles se caractérisent d’abord par leur taille infiniment petite :  moins de 0,1 micromètre, moins d’un millième de millimètre, soit la taille d’un atome d'hélium… ou d’un virus. Ainsi on les retrouve également sous le nom de Nanoparticule ou de PM0.1.

Comme toutes les particules en revanche, elles restent suspendues dans l’air pendant un certain temps, susceptibles ainsi d’être inhalées, et leur composition ainsi que leur origine varie fortement : de sources naturelles - comme les particules issues des poussières sahariennes, des sels marins, des éruptions volcaniques, des feux de forêts, ... – ou résultantes des activités humaines, dites de sources anthropiques, comme l’industrie, les transports, le chauffage, l’agriculture …

Déjà connues du monde scientifique, et étudiées dans les AASQA depuis de plusieurs années, elles ne sont en revanche pas réglementées, à savoir que leur mesure n’est pas obligatoire et qu’aucun seuil quotidien ou annuel de dépassement n’est imposé, ni même recommandé.

 

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Les particules PM0.1, ou particules ultrafines, sont 750 fois plus petite qu'un cheveu

 

Cependant l’avancée des techniques de mesure et d’analyse permet aujourd’hui d’en savoir un peu plus sur leur nombre, leur composition et leurs impacts sanitaires sur l’homme… relançant l’intérêt croissant de leur surveillance.

Ainsi dans son dernier rapport sur les Particules de l’air ambiant extérieur publié en juillet, l’ANSES se focalise en ce sens sur les effets sur la santé humaine de ces particules, selon leurs sources, composés et granulométrie. L’organisme confirme « l’effet sanitaire de ces fractions » appuyant la préconisation déjà exprimée de l’organisme de tendre vers une surveillance nationale des PUF dans l’air ambiant.

Infiniment petites… donc infiniment dangereuses ?

48 000 décès prématurés chaque année en France. Ce sont les chiffres maintenant connus donnés par Santé Publique France d’estimations de l’impact sanitaire de la pollution de l’air en France.

L’ANSES appuie donc le constat dans son rapport, après une méta-analyse de la littérature produite depuis 2013, confirmant la potentielle implication majeure des particules ultrafines dans l’impact sanitaire de la pollution. Elle précise même la portée du risque :

« Les niveaux d’indications sanitaires les plus élevés chez l’Homme sont obtenus pour la santé respiratoire (particules grossières), la santé cardiovasculaire (particules ultrafines), et la mortalité toutes causes (particules grossières). Enfin, les nouvelles indications accumulées […] ne font que suggérer un effet à long terme des particules ultrafines sur la santé neurologique (développement des performances cognitives de l’enfant) »

 

En dépit de leur masse totale minoritaire dans le cocktail de polluants qui circule dans l’air que l’on respire, leur taille, infiniment petite, accroîtrait leur dangerosité lorsqu’elles sont inhalées

 

Car en dépit de leur masse totale minoritaire dans le cocktail de polluants qui circule dans l’air que l’on respire, leur taille, infiniment petite, accroîtrait leur dangerosité lorsqu’elles sont inhalées : déposées dans les différents organes de notre système respiratoire (bouche, fosses nasales, trachée, bronches), elles traversent les muqueuses et peuvent circuler jusqu’aux poumons, augmentant les effets respiratoires, les risques cardio-vasculaires, voire même s’infiltrer jusqu’au cerveau.

La communauté scientifique semble s’accorder sur ce constat. Les particules ultrafines sont un enjeu potentiel en termes d’impact sur la santé Humaine. Attention tout de même :  leur toxicité n’est pas homogène, et dépend de plusieurs variables : composition chimique et donc provenance, taille effective ou structure.

Le Diesel dans le viseur

L’ANSES ne s'arrête pas qu’aux particules ultrafines et étudie l’impact de 8 « types » de particules que l’on retrouve dans l’air ambiant, comme les matières carbonées (carbone suie) ou les Aérosols inorganiques secondaires. L’organisme ne s’arrête pas non plus à la seule méta-analyse de leur impact sanitaire : les sources d’émissions de ces polluants, organiques ou anthropiques, sont étudiées afin d’évaluer leur contribution au risque. Trafic routier, combustion de charbon et de produits pétroliers, combustion de biomasse, industrie… toutes les sources majeures sont balayées, avec tout de même une application certaine sur le trafic routier et les moteurs diesel.

Entre autres, le carbone suie issue des gaz d’échappement des véhicules Diesel semble poser un problème, via ses émissions de PM2.5 – et non pas nécessairement de PUF - avec à court terme une indication « forte d’altération de la santé respiratoire, une indication « forte » d’altération de la santé cardiovasculaire, et une indication « forte » d’effet sur la mortalité toutes causes ». A plus long terme, l’étude fournie « une indication « modérée » d’altération de la santé respiratoire, une indication « faible » d’altération de la santé cardiovasculaire, et une indication « modérée » d’effet sur la mortalité toutes causes. »

Le diesel avait déjà été pointé du doigt en étant désigné par l’OMS en 2016 « source principale du carbone suie dans les pays développés ». Il est classé depuis 2012 comme cancérogène certain.

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Le diesel, déjà déclaré cancérogène certain, est particulièrement étudié dans le dernier rapport de l'ANSES

Le chauffage au bois éludé… car déjà bien étudié

Le chauffage résidentiel, notamment au bois, qui rentre dans la catégorie combustion de biomasse a déjà été largement pointé du doigt lorsqu’il s’agit d’étudier la pollution particulaire et son impact, notamment l’hiver.  A tel point que l’ANSES préfère se pencher sur les sources qui méritent études, comme celles déjà précitées : « il existe une large littérature, non évaluée ici, sur la nocivité des émissions issues de la combustion de biomasse, notamment pour la combustion domestique (cuisine et chauffage) »

D’ailleurs, dans le scénario de réduction de la pollution du trafic, dont l’étude est également l’objet, l’ANSES prévient : « Il est à noter que les améliorations, plus limitées, observées pour les concentrations de PM2,5 et PM10 sont liées [notamment] à la contribution élevée d’autres secteurs (combustion liée au chauffage et agriculture en Ile-De-France). »

D’autres sources à étudier pour une réduction optimale de l’impact sanitaire

L’ANSES appelle ainsi les autorités et le système expert à surveiller et à légiférer principalement sur “les sources maîtrisables d’émission“ à savoir le trafic routier, la combustion de charbon, celle de produits pétroliers et de biomasse. Cependant, elle soutient dans le même temps des “politiques coordonnées” pour améliorer la qualité de l’air, soit concevoir des solutions combinées pour réduire toutes les sources, contre la focalisation sur une source particulière.

 

 Le manque de données sur l’agriculture, le transport maritime et la pollution aéroportuair ne permet pas de conclure sur l’étendue de l’impact de ces activités.

 

A ce propos, l’organisme admet également l’absence dans la littérature existante de connaissances sur l’impact de source issues de l’activité humaine telles que l’agriculture, le transport maritime et la pollution aéroportuaire. Le manque de données ne permet pas de conclure sur l’étendue de l’impact de ces activités. Leur participation au risque sanitaire de la pollution inconnue, il semble difficile alors de les cibler pour imaginer les solutions. Du travail épidémiologique restent donc à faire pour conclure sur l’impact de toutes nos activités sur la qualité de l’air sur notre santé.

Les PUF, déjà sous surveillance en région Auvergne-Rhône-Alpes

Bien que non réglementées, les Associations Agrées de Surveillance de la Qualité de l’Air n’ont pas attendu ces conclusions pour étudier ces particules en mesurant déjà les PUF et d'autres polluants émergents de manière volontaire.

ATMO Auvergne-Rhône-Alpes a par exemple investi dès 2011 le champ de ces particules ultra fines en créant le premier « Observatoire des Particules Ultra Fines » sur la région. Ce sont d’abord 2 appareils de mesures qui ont été installés, un à Grenoble en fond urbain et un en itinérance, avec pour objectif d’acquérir des connaissances sur ces composés atmosphériques. En 2015, cet observatoire a été étendu en réalisant des mesures de PUF sur l’agglomération lyonnaise. Ces données sont transmises à l’ANSES et aux chercheurs qui sont ensuite en capacité d’évaluer le risque sanitaire de ces particules en fonction de leurs caractéristiques.

 

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La station de mesure de Lyon a accueilli, comme la station des Frênes à Grenoble, un appareil pour mesurer les particules ultrafines

 

Le bilan des mesures confirme d’ailleurs les propos précités sur l’influence du trafic routier : on observe deux fois plus de particules en bordure de voiries qu’en fond urbain (éloigné des sources). Ainsi, les sites de proximité automobile présentent les plus hautes valeurs de comptage de ces particules d’un nouvel ordre, qui feront assurément de plus en plus sujet dans les développements autour de la qualité de l’air.