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7 février 2018
Atmo Auvergne-Rhône-Alpes

Vacances d'hiver : quelle qualité de l'air en montagne ?

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Voilà une évidence que l’on oublie souvent : à chaque instant nous respirons. Ainsi, partout, tout le temps, nous sommes connectés à l’air. Mais le connaissons-nous vraiment ? Aujourd'hui, explorons la connection entre l'air, la montagne et ses pratiquants.

Une multitude de Français – et a fortiori d’auverhonalpins – ont un souvenir lié à la montagne : le ski, la neige, le chalet, le feu de bois, la tartiflette, le vin chaud, les raquettes, le tire-fesses, la première étoile, les gamelles, les sauts, les randos, le tout schuss et peut-être même, à la fin de la journée, le chocolat chaud ou le verre de chartreuse entre copains.

La région Auvergne-Rhône-Alpes jouit certainement d’un des meilleurs terrains de jeu vallonnés au monde, s’étirant du Massif des Alpes au Massif central. Elle bénéficie de paysages variés et d’espaces naturels remarquables, mais aussi d’une activité économique soutenue et diversifiée.

Certains de ses ambassadeurs sont même devenus des héros bien au-delà des cimes : Candide Thovex, Tessa Worley, Kilian Jornett, Aurélien Ducroz ou encore les flying frenchies… Ils influencent aujourd’hui autant la culture globale que la culture spécifique du montagnard.

 

Candide Thovex, le rider surdoué de la Clusaz, littéralement au-delà des sommets alpins dans la publicité « Ski the world » pour … une marque de voiture allemande.

Ceci explique en partie l’affluence des vacanciers qui se déplacent chaque hiver, principalement pendant les vacances, pour profiter des loisirs qu’offre la montagne. Malheureusement, comme dans beaucoup d’autres secteurs touristiques, une pratique intensive peut, si on n'y prend pas garde, dégrader le milieu naturel , nuisant ainsi sur le long terme à la source même de notre plaisir. 

Ce constat est particulièrement vrai pour la montagne.

Par exemple, dans certains fonds de vallée, les populations connaissent fréquemment une qualité de l’air médiocre voire dégradée. Cela inquiète les riverains concernés mais également les acteurs du tourisme (offices de tourisme, guides, stations de ski, etc.) et les vacanciers eux-mêmes craignant que cette dégradation de la qualité de l’air rime avec une altération plus générale de la montagne.

Quel est l’état de la situation ? L’air est-il toujours aussi pur en montagne ?  Et si oui, comment le préserver ?

Voici des éléments de réponse.
 

Au bon air de la montagne

D’après l’Observatoire Régional du Tourisme, près de 20% de l’ensemble des séjours touristiques effectués en Auvergne-Rhône-Alpes incluent au moins une pratique liée à la montagne (ski alpin, snowboard, randonnée, alpinisme etc.). Pendant la saison hivernale 2015/2016, les 173 stations de la région ont par exemple compté 39 millions de journées skieur.

C’est le département de la Savoie qui est plébiscité : plus de la moitié d’entre vous choisissent les stations savoyardes, un tiers préfère la Haute-Savoie, un dixième l’Isère et le Puy-de-Dôme, l’Allier et le Cantal se partageant les autres skieurs.

Bien sûr, c’est le ski qui reste loin devant la motivation principale des vacanciers. Mais les attentes concernant les séjours au ski sont de plus en plus multiples et dans celles-ci, l’environnement tient une place grandissante :  85 % des vacanciers se disent aujourd’hui préoccupés par les enjeux liés à l’évolution climatique et même 22 % des « non-glisseurs » viennent quand même, pour l’air pur de la montagne !

En 2015, près de 878 000 personnes ont emprunté le Téléphérique de l’Aiguille du Midi à Chamonix Mont-Blanc. Seul le Musée des Confluences fait mieux dans la région, à quelques entrées près.

La qualité de l’air en station

En station, cette affluence concentrée sur les mois hivernaux a, dans différentes proportions, des répercussions sur la qualité de l’air. D’abord par le transport : l’accès à nos régions montagneuses se fait quasi exclusivement en voiture, comme plus de 80% des activités touristiques dans notre région. Mais sur les terrains escarpés et sinueux des montagnes, l’utilisation en masse de la voiture génère davantage de consommation de carburant et engendre des embouteillages sur les axes lors des pics de fréquentation.

En conséquence, les niveaux de concentrations en NO2, le polluant principalement émis par l‘automobile, sont plus élevés le long des routes d’accès aux stations de ski. Cependant, les travaux menés par notre observatoire soulignent que les concentrations les plus importantes sont situées très proches des principaux axes de circulation et que les niveaux sont généralement en dessous de la valeur limite annuelle réglementaire fixée à 40 μg/m3.

Le trafic routier a donc un impact sur les voies d’accès principales (où peu d'habitants résident) mais limité en dehors.

Ensuite, ce sont les conditions de chauffage qui sont problématiques : le chauffage au bois mal maitrisé apparaît comme étant une source majoritaire de particules PM10. Par exemple, lors d’un jour type d’hiver avec une température moyenne de 0°C, situation courante et propice aux épisodes de pollution aux particules, la seule contribution du chauffage au bois non performant atteint 72% des émissions totales de particules.
 

Les concentrations de polluants primaires respectent la réglementation française et sont inférieurs à ce que l'on peut rencontrer dans les grandes agglomérations

Ainsi, les concentrations de particules sont souvent plus importantes dans les centres des petites stations de ski, ou l’utilisation du chauffage au bois est plus importante. Mais pas de panique ! Les concentrations de polluants primaires (NO2 et PM10) respectent la réglementation française et sont inférieures à ce que l’on peut rencontrer dans les grandes agglomérations ou les fonds de vallée fortement urbanisés.

L’altitude joue également un rôle. Les zones d’altitude où l’air circule mieux sont moins touchées par la pollution que les fonds de vallée.

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En montagne, comme ailleurs, plus vous vous éloignez des sources de pollution, meilleure est la qualité de l’air

 

Ainsi, sur les pistes, en hiver, la présence de particules et de dioxyde d’azote est très faible. Plus vous vous éloignez des sources de pollution, meilleure est la qualité de l’air, même si la pollution n’est jamais inexistante. L’exposition à la pollution des vacanciers est donc bien plus faible que celle des habitants de la vallée.

La qualité de l’air en vallée

Plus largement, ce sont les vallées, les zones urbaines de montagne et leurs habitants qui se trouvent impactés par une qualité de l’air qui peut être dégradée. Cette constatation dépend des valeurs de référence retenues : en 2016 par exemple, aucun habitant des zones urbaines enclavées* n’a été exposé à la valeur limite annuelle réglementaire française pour les particules PM10, soit 40µg/m3.

En revanche, au regard de la valeur cible recommandée par l’OMS, près de 395 000 personnes ont été exposées à de trop fortes concentrations moyennes de particules PM10 (au-dessus de 20 µg/m3). Soit 30% de la population.

*​Grand Annecy, Annemasse Agglo, Métropole de Grenoble, Vallée de l’Arve, Chambéry Métropole

Normes nationales et recommandation OMS, quelles différences ?

Il existe un cadre réglementaire français relatif à la protection de l'air qui définit les critères nationaux de qualité de l'air. Ce corpus législatif transpose au niveau national les directives européennes. C’est ainsi, par exemple, que la valeur reglémentaire limite annuelle d’exposition au particules PM10 est définie à 40µg/m3.

Au-delà de la réglementation, l’Organisation Mondiale pour la Santé (OMS) recommande des niveaux d'exposition (concentrations et durées) au-dessous desquels il n'a pas été observé d'effets nuisibles sur la santé humaine ou sur la végétation. Toujours plus basse que la recommandation, ces valeurs recommandées sont fondées sur des études épidémiologiques et toxicologiques.

L’activité humaine, première source de pollution

Comme partout ailleurs, les activités humaines émettrices de polluant sont le principal facteur de la dégradation de la qualité de l’air sur ces territoires, notamment par les particules PM10. Pour ce polluant, sur une année entière, c’est encore le chauffage individuel qui représente la plus grande contribution (53 %), suivi par l’industrie (18 %) et le transport routier (17 %). 

 

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De plus, la topographie particulière de ces territoires, avec un relief accidenté, accentue des phénomènes météorologiques et atmosphériques complexes. L’inversion de température par exemple, bien connue des populations alpines, est un de ces phénomènes particuliers influant fortement sur la qualité de l’air.

Relief et météo, des facteurs aggravants

Les grandes inversions de températures interviennent lorsque le bas de la vallée est plus froid que le haut, ou encore lorsque vient s’installer en hauteur une masse d’air plus chaude et stable. C'est comme un couvercle que l’on viendrait poser au-dessus de la vallée. L’air chargé des émissions hivernales liées aux activités humaines est bloqué par les montagnes et ce couvercle. Il circule alors dans un espace fermé et la pollution ne se disperse pas ou peu.

 

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Entre les montagnes et le couvercle formé par l’inversion, la vallée est prise au piège.

Ainsi lors d’inversion de température, les concentrations moyennes des particules mesurées dans les vallées dépassent régulièrement le seuil réglementaire, amplifiant les épisodes de pollution. Nombre d’études (voir par exemple ici) ont été faites pour comprendre ces mécanismes et leur corrélation avec les pics de particule PM10 observés. Ces inversions sont généralement peu élevées en altitude ; ce qui a pour conséquence que la pollution est confinée dans le fond de vallée et que les pistes de ski en altitude ont une qualité de l'air préservée. L’enjeu est l’amélioration des outils de surveillance, pour mieux anticiper les situations de crise.

L’optimisme est pourtant de mise

Même si des périodes sensibles subsistent, la qualité de l’air s’améliore régulièrement depuis plusieurs années, à la fois en vallée et dans les stations de ski. Preuve que les efforts et que les actions menés aux niveaux Européen, national, régional et local commencent à porter leur fruit.
 

De la nécessité de protéger ce que nous aimons

Les stations de ski et les professionnels de la montagne font donc face à des enjeux environnementaux, comme la préservation d’une bonne qualité de l’air.  De façon plus médiatique encore que l’air, le réchauffement climatique apparait comme un risque. Car si le climat se réchauffe globalement, qu’en sera-t-il de l’enneigement de nos montagnes dans les années à venir ?

Air et Climat, même combat

Qualité de l’air et réchauffement climatique sont liés et la présence de l’ozone en montagne en est la preuve. Ce composé particulier, qui n’est pas émis directement par une source, naît de mécanismes complexes dus à l’action du soleil sur les polluants primaires.

Dans la troposphère, là où nous respirons, l’ozone est présent en faible quantité. Lorsque sa concentration augmente, il est considéré comme un polluant dit « secondaire » car il se forme par réaction chimique entre des gaz précurseurs (NOx, COV et CO) et le niveau d’ensoleillement. Ainsi ce composé, ne supportant pas la présence d'autres polluants dans l'atmosphère, peut être présent en altitude.

 

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Col de Balme, Vallée de Chamonix - Photo : Flicker / richd777

Les niveaux d’ozone n’ont que très peu diminués sur les 10 dernières années et les territoires d’altitudes risquent d’être toujours concernés par la présence de ce composé dans les prochaines années.

Les fortes concentrations relevées résultent d’une pollution émanant des centres urbains, et d’un réchauffement global du climat. Les espaces naturels d’altitude sont les victimes de cette pollution estivale. L’air de nos montagnes constitue donc un excellent indicateur de l’état de santé de notre planète.

 

L’air de nos montagnes constitue un excellent indicateur de l’état de santé de notre planète.

 

Montagne et qualité de l’air, l’harmonie au sommet

Ainsi une démarche générale de sensibilisation et d’action, de la part de tous les acteurs, sur tous les sujets touchants à la protection de l’environnement, est nécessaire pour préserver les territoires d’altitude et résorber la pollution de fond dans les vallées.  Un équilibre est donc à trouver.

Une multitude d’institutions, de représentants de la puissance publique, d’associations, de citoyens ou d’entreprises du secteur s’appliquent déjà et depuis longtemps à construire cet équilibre. Ainsi, nous donnerons la semaine prochaine la parole à l’association Mountain Riders, spécialisée dans le développement durable en montagne, qui nous proposera des solutions pour aborder la montagne de façon durable. 

 

#afrei