Agriculture et qualité de l'air

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Les activités agricoles, comme les autres secteurs d’activités, sont à l’origine d’émissions de polluants atmosphériques. Le secteur agricole contribue majoritairement aux rejets d’ammoniac et de gaz à effet de serre (méthane et protoxyde d’azote) qui ont un impact global sur le climat. Le potentiel de réchauffement global du méthane et du protoxyde d’azote sont respectivement 25 fois et 298 fois plus élevés que le CO2 (Source : Quatrième rapport du GIEC, 2012).

L’émission de ces différents composés impacte également la qualité de l’air au niveau local. L’ammoniac est, par exemple, un précurseur des particules fines. Par ailleurs, le secteur agricole est à l’origine d’émissions de pesticides dans l’air. Même s’il n’existe pas de réglementation spécifique à la surveillance des pesticides dans l’air ambiant, l’exposition de la population aux pesticides est un enjeu de santé publique.

Par ailleurs, les activités agricoles sont également impactées par la qualité de l’air. Les effets de la pollution atmosphérique occasionnent de 3 à 20% de pertes sur le rendement de production en fonction du type de culture. La qualité de l’air représente donc un enjeu économique important pour le secteur agricole.

Au niveau national, une collaboration se renforce entre les acteurs du monde agricole et les acteurs de la qualité de l’air pour travailler sur les enjeux agriculture et qualité de l’air. Ce rapprochement engagé notamment entre l’Assemblée Permanente des Chambres d’Agriculture (APCA) et la fédération ATMO France, a vocation à se décliner et renforcer les partenariats régionaux. Ainsi, en Auvergne-Rhône-Alpes, la Chambre Régionale d’Agriculture, et un syndicat d’agriculteur ont récemment adhéré à l’association Atmo Auvergne-Rhône-Alpes afin de renforcer les partenariats. Cette fiche présente les éléments nécessaires à la compréhension des enjeux agricoles/qualité de l’air.

Sommaire

L'agriculture, des contributions majeurs aux émissions de gaz à effet de serre et de pesticides dans la région

Quelles sont les sources d'émissions de l'agriculture ?

Les leviers d'action pour améliorer la qualité de l'air

 

L'agriculture, des contributions majeurs aux émissions de gaz à effet de serre et de pesticides dans la région

Description des contributions de l'agriculture

Dans la région Auvergne-Rhône-Alpes, en 2015, le secteur agricole contribue à 81% des émissions de méthane CH4 (202 000 tonnes), 98% des émissions d'ammoniac NH3 (83 100 tonnes), ainsi qu’à 81% des émissions de protoxyde d’azote N2O (10 100 tonnes). Le secteur agricole est également à l’origine d’émissions de particules fines primaires PM10 (6 100 tonnes), de 37% des particules totales en suspension (20 800 tonnes) et de 6% d’émissions d’oxydes d’azote NOx soit 6 100 tonnes. En revanche, la contribution de l’agriculture est moindre sur les autres polluants. Source : cadastre des émissions Atmo -Auvergne-Rhône-Alpes Version 2017.

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Par ailleurs, le secteur agricole est le principal utilisateur de pesticides, et représente plus de 90% des achats de produits phytosanitaires en region(Source : DRAAF, DREAL, Chambre Régionale d’Agriculture AuRA, Diagnostic de situation au regard de l’usage des produits phytopharmaceutiques en Auvergne-Rhône-Alpes, 2015). Bien que les ventes de phytosanitaires dans la région Auvergne-Rhône-Alpes sont quantitativement inférieures à la moyenne des autres régions françaises, 2 900 tonnes de substances phytosanitaires ont été vendus en 2016 dans la région (Source : DRAAF).

Evolution des émissions du secteur agricole

La tendance à la diminution des émissions de composés polluants du secteur agricole depuis une quinzaine d’années est en lien avec la diminution des surfaces cultivées et des cheptels, et avec l’amélioration technologique du parc d’engins agricoles.

Bandeau d'information: L’état actuel des données d’émissions permet de dresser un bilan de l’évolution des contributions du secteur agricole pour l’ancienne région Rhône-Alpes. Ces informations seront mises à jour lors de la publication de l’inventaire des émissions 2018.

Les émissions de méthane sont restées stables à plus de 90% des contributions tandis que les émissions d’ammoniac et de protoxyde d’azote ont respectivement diminué de 8 % et 14% entre 2000 et 2015.

Concernant les émissions de particules fines primaires, les particules fines totales ont diminué de 46% entre 2000 et 2015, de 11% pour le PM10 et de 17% pour les PM2.5. Les émissions de dioxyde de soufre du secteur agricole ont été réduites à 99% depuis quinze ans et ceci grâce à l’amélioration technologique des engins agricoles.

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Evolution des émissions du secteur agricole en Rhône-Alpes (source : Atmo Auvergne-Rhône-Alpes, Cadastre V2017 SECTEN)

Saisonnalité des émissions

Les émissions de polluants varient au cours de l’année en fonction des activités agricoles. L’ammoniac serait ainsi principalement émis lors des épandages d’engrais de février à mai et en quantité moins importante à l’automne.

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Estimation de l’évolution des émissions d’ammoniac sur l’année en Rhône-Alpes

 

Episode printanier de pollution (février/avril)
La région Auvergne-Rhône-Alpes, comme d’autres régions, est régulièrement touchée par des épisodes de pollution aux particules, notamment en fin d’hiver/début de printemps. Les sources à l’origine de ce phénomène sont issues de l’agriculture et du trafic routier, et les émissions locales s’ajoutent souvent à des masses d’air chargées en polluants et provenant d’autres régions françaises ou européennes. Durant les périodes encore froides, cette pollution se combine également à celle émise par le chauffage avec des survenues d’épisodes de pollution qualifiés de « mixtes ».
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Au printemps, les conditions météorologiques, températures froides le matin et douces l’après-midi, favorisent la formation du nitrate d’ammonium. Cette période correspond également à la période à partir de laquelle les agriculteurs sont autorisés à épandre (exigences de la loi sur l’eau destinées à limiter le lessivage et à protéger les ressources en eau). Ainsi, la concomitance de ces situations (météorologie défavorable à la qualité de l’air, autorisation et besoin d’épandre pour les agriculteurs) augmente dans ces périodes le risque de déclencher un épisode de pollution, et met en évidence la difficulté de rendre compatibles la protection de l’air et de l’eau.

 

Comme les autres composés polluants, la présence de pesticides dans l’air est corrélée avec leur utilisation. Leur émission a lieu pendant l’application par dispersion et évaporation des gouttelettes de pulvérisation et, après l’application par volatilisation ou par la remise en suspension par le vent. Les émissions de pesticides ont ainsi une forte variabilité temporelle comme le montre les figures ci-dessous. Sur ces exemples, on peut voir une présence plus importante au printemps pour les herbicides de grandes cultures et en juin-juillet pour les fongicides en site viticole.

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Certains territoires sont plus impactés

Les territoires dans lesquels les émissions de gaz à effet de serre, de particules et de pesticides du secteur agricole sont les plus importantes correspondent aux zones où l’activité agricole est plus intense. A contrario, sur les territoires où l’agriculture est extensive ou peu présente, les quantités d’émissions agricoles de polluants sont plus faibles (zones de montagne, Agglomération lyonnaise).

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Les territoires où l’activité d’élevage est plus marquée, notamment pour la catégorie bovine responsable d’une importante partie des émissions de l’élevage, sont plus impactés par les émissions de méthane. Les effectifs de cheptel bovin sont plus marqués en Auvergne qu’en Rhône-Alpes.

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Les émissions d’ammoniac sont plus marquées sur les territoires ayant des surfaces de cultures considérées comme épandables (culture permanentes, terres arables, vergers) et des activités d’élevage.

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Les émissions de pesticides dans l’atmosphère sont les plus importantes sur les secteurs de la vallée du Rhône, du Beaujolais et, la plaine de la Limagne (Source : Air Rhône-Alpes (2017) Amélioration de l’estimation des émissions de polluants vers l’atmosphère du secteur agricole – Année 2015 Synthèse).

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Quelles sont les sources d'émissions de l'agriculture ?

Les émissions du secteur agricole proviennent principalement des pratiques d’élevage (stockage des déjections, épandage…) et des activités culturales (préparation des sols, fertilisation, récoltes…). L’utilisation des engins agricoles et le chauffage des bâtiments contribuent dans une moindre mesure aux émissions de particules primaires et d’oxydes d’azote.

 

Origine des émissions d'ammoniac

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Les émissions d’ammoniac dans la région proviennent à 46% de l’élevage, avec une légère tendance à la baisse depuis 2010, et à 54% des pratiques culturales, notamment dû à une hausse de la part de l’épandage des fertilisants artificiels.  Ce phénomène est lié à l’évolution des types d’engrais utilisés. En effet, la proportion d’azote sous forme d’urée augmente. Or, le facteur d’émission de NH3 par rapport à la quantité d’azote épandue est nettement supérieur pour l’urée que pour l’ammonitrate (0,243 vs 0,037 kgN-NH3/kgN épandu).

Source : Air Rhône-Alpes (2015) Amélioration de l’estimation des émissions de polluants vers l’atmosphère du secteur agricole – Années 1990 à 2013. Synthèse.

 

Origines des émissions de méthane

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Les émissions de méthane du secteur agricole sont principalement dues à la fermentation entérique c’est-à-dire les émissions produites par la digestion du cheptel. Ce poste de contribution est stable depuis 2010 à plus de 85% des émissions. Les déjections animales présentes dans les bâtiments et ensuite stockées contribuent également aux émissions de méthane (nommé SGDA  pour Systèmes de Gestion des Déjections Animales dans le graphe suivant).

 

 

Origines des particules fines primaires :

Les postes de contribution aux émissions de particules fines varient selon leur diamètre. Les pratiques culturales (travail du sol, récoltes…) sont principalement à l’origine de l’émission de particules fines, il s’agit à 20% de particules d’un diamètre supérieur à 10 µm. Les batiments d’élevage sont le second poste émetteur de particules fines.

Plus de 2/3 des particules fines émises par le secteur agricole sont des particules de plus gros diamètre (10 à 13 µm).

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Note: TSP (Total Suspended Particulates) ou particules totales en suspension désigne l’ensemble des particules jusqu’à une taille de 13 µm.

Campagne de mesures 2018 sur les niveaux de pesticides dans l’air
La France est le 2ème pays consommateur de pesticides en Europe, en lien notamment avec des surfaces de cultures importantes. L’exposition alimentaire de la population aux pesticides est mieux documentée que le risque sanitaire lié à l'exposition aux pesticides présents dans l’air ambiant des riverains de zones agricoles ou de la population générale. En effet, en l'absence de réglementation dans l’air, la connaissance des niveaux de contamination en pesticides dans ce milieu environnemental demeure partielle et hétérogène.
Dans le cadre du nouveau Plan National Santé Environnement 2015-2019 (PNSE 3), l’Agence Nationale de Sécurité Sanitaire de l’Alimentation (Anses) a été saisie afin de contribuer à la définition de modalités d’une surveillance nationale des pesticides dans l’air ambiant. En Auvergne-Rhône-Alpes, dans le cadre de cette campagne nationale, 4 sites seront étudiés par Atmo afin de surveiller une centaine de substances. Ils permettront de mesurer des niveaux de pesticides dans l’air ambiant dans des zones habitées et situées à proximité de diverses cultures de la région. Les premières débuteront en juin 2018.

Les leviers d'action pour améliorer la qualité de l'air

Les sources d’émissions agricoles étant multiples, plusieurs leviers d’actions adaptés à chaque poste sont mobilisables. Des actions à court et à long terme portant sur la réduction des concentrations d’ammoniac, de particules fines et de pesticides dans l’air (diminution des usages et/ou de la volatilisation) et sur la réduction de l’exposition des populations (réduire le contact des populations et des composés présents dans l’air) ont d’ores et déjà été entreprises au sein des exploitations agricoles.

L’Etat et les Chambres d’Agriculture s’engagent dans le financement d’investissements spécifiques, la sensibilisation et la formations des exploitants. Des outils de recherches et d’innovations allant dans le sens de l’amélioration de la qualité de l’air sont par ailleurs développés en prenant en compte le rapport coût/efficacité et coût/bénéfices.

Au niveau national le plan de stratégie de réduction des émissions de polluants atmosphériques (PREPA) permet d’accompagner les efforts de diminution des contributions du secteur agricole par des mesures cohérentes entre les politiques publiques liées à la qualité de l’air, la protection de l’eau et du climat.

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RePP’air
Le projet Réduction des Produits Phytosanitaires dans l'air a pour objectif d'améliorer la compréhension des phénomènes de transferts de produits phytosanitaires dans l'atmosphère afin d'affiner le conseil auprès des agriculteurs. Ce projet vise à consolider les partenariats entre le monde agricole et es experts de la qualité de l’air.
Pour répondre à ces objectifs, RePP’Air propose une nouvelle approche : mettre en relation les mesures de produits phytosanitaires avec les pratiques des agriculteurs, développer un indicateur de risque de transfert dans l’air selon les pratiques mises en œuvre, et développer une stratégie de sensibilisation et de communication sur la thématique auprès d’un large public : des professionnels agricoles au grand public. Ce projet multipartenaire compte 8 sites d’études, répartis dans 7 régions françaises dont la région Auvergne-Rhône-Alpes.
Ce projet permettra une amélioration de la connaissance sur la présence de produits phytosanitaires dans l’air en lien avec les pratiques agricoles et la dynamisation des échanges entre les parties prenantes sur ce sujet (appropriation de la thématique, création de ressources pédagogiques, réalisation d’un référentiel de bonnes pratiques…).

 

Le dispositif de phytopharmacovigilance
Les associations agrées de surveillance de la qualité de l’air, dont fait partie ATMO Auvergne-Rhône-Alpes, en association avec la fédération ATMO France contribuent en tant que partenaires au dispositif national dit de Phytopharmacovigilance piloté par l’ANSES (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation de l’environnement et du travail).
« Les produits phytopharmaceutiques peuvent présenter des risques pour la santé humaine, des écosystèmes et des organismes vivants qu’il convient d’identifier afin de les surveiller. Dans ce contexte, la loi d’avenir pour l’agriculture, l’alimentation et la forêt du 13 octobre 2014 a confié à l’Anses, avec la gestion des autorisations de mise sur le marché des produits phytopharmaceutiques, la mise en place d’un dispositif de phytopharmacovigilance. Il a pour objectif de surveiller les effets indésirables des produits phytopharmaceutiques disponibles sur le marché et couvre à la fois la contamination des milieux, l’exposition et les impacts sur les organismes vivants et les écosystèmes, ainsi que les phénomènes d’apparition de résistances."
Dans le cadre de ce dispositif unique en Europe, ATMO AuRA participe via la remontée régulière des résultats des mesures de produits phytopharmaceutiques dans l’air, communément nommés pesticides, dans la base de données nationale « Phytatmo ». Cette base est ensuite valorisée pour alimenter la PPV, et permet de documenter le dispositif et produire des documents comme les premières fiches sur les substances publiées par l’ANSES en novembre 2017.
Le dispositif PPV prévoit également le recueil et le traitement des signalements d’effets indésirables sur la santé avec un traitement adapté selon le profil des personnes (Agriculteurs, particuliers, ou professionnel de santé).
Comment signaler un effet indésirable lié à l’utilisation de produits phytopharmaceutiques :
- Particulier ou professionnel de santé (plateforme de signalement gérée par le ministère de la Santé) : https://signalement.social-sante.gouv.fr/psig_ihm_utilisateurs/index.html#/accueil
- Agriculteur ou affilié à la MSA (plateforme gérée par la MSA) : http://www.msa.fr/lfr/sst/phyt-attitude