Atmo Auvergne-Rhône-Alpes a expérimenté une méthode de mesure permettant de prélever et analyser les PFAS dans l’air ambiant. Ces travaux conduits dans le bassin lyonnais avaient l’objectif de mieux documenter la présence des PFAS dans l’air, matrice encore peu explorée aujourd’hui (en comparaison de l’eau et des sols). Cette méthode vise à être utilisée dans le cadre de nouvelles campagnes de mesure à l'échelle régionale. A ce jour, il n’existe aucune autre étude de ce type en France.
Publié le 3 avril 2026 - Mis à jour le
Pourquoi cette étude ?
En France, la problématique des Substances Per- & PolyFluoroAlkylées (PFAS) a été mise sur le devant de la scène en 2022, dans le bassin lyonnais notamment, avec la présence de deux industriels producteurs de fluoropolymères (Forever Lobbying Project et documentaire Vert de Rage).
Les PFAS sont aujourd'hui davantage documentées dans l'eau et les sols, matrices sur lesquelles se concentrent l'essentiel des études et des dispositifs de surveillance.
L'air, pourtant directement impacté par les émissions de PFAS et vecteur majeur de dispersion des polluants, est, à ce jour, beaucoup moins étudié à l'échelle mondiale.
Les protocoles pour investiguer les concentrations dans l’air ambiant ne sont d’ailleurs pas encore normalisés.
Dans un contexte d’inquiétude sociale et environnementale, Atmo Auvergne-Rhône-Alpes a initié des travaux pour expérimenter une méthode visant à estimer les niveaux de PFAS en concentration par mètre cube d’air respiré sur la Région Auvergne-Rhône-Alpes.
Les premières investigations ont été conduites dans le bassin lyonnais.
Comment et où ont été réalisées ces premières mesures ?
Les mesures ont été réalisées à l’aide de préleveurs permettant d’aspirer de grandes quantités d’air (15 m³/h pendant 96 heures sachant qu’un être humain respire environ 12 m³ par jour au repos).
Les prélèvements ont été réalisés pour pouvoir analyser séparément la phase particulaire et la phase gazeuse ou semi-volatile des PFAS. En effet, les molécules n’ayant pas les mêmes propriétés, elles ont donc potentiellement des impacts sanitaires différents.
Les prélèvements ont été effectués entre octobre 2023 et décembre 2025 sur :
- Lyon centre : site urbain de fond
- Pierre-Bénite : site urbain sous influence industrielle de producteurs de fluoropolymères situés au nord du site de mesure.
38 PFAS ont été analysées en lien avec la liste des composés recherchés dans les mesures dans l’eau, ou identifiés dans les émissions des installations industrielles, pour chaque phase : particulaire et gazeuse.

Dispositif et périmètre des mesures pour un premier jeu de données en air ambiant
Ces résultats constituent ainsi les premières données quantitatives de concentrations de PFAS en mètre cube d'air respiré dans l’air ambiant sur la région lyonnaise, voire en France, et ouvrent la voie à la constitution d’une base de données de référence.
Que nous disent ces mesures ?
Les PFAS sont retrouvées dans les deux environnements : fond urbain et proximité industrielle, mais dans des proportions significativement différentes. Les concentrations sont cohérentes avec celles connues ailleurs dans le monde pour des sites urbains ou industriels.
Les concentrations dans l’air sont ainsi de l’ordre de la dizaine de pg/m³ à Lyon centre (25 pg/m³ en moyenne sur la période de mesure), et de l’ordre de la centaine de pg/m³ sur la commune de Pierre-Bénite (244 pg/m³ sur la même période) avec des pointes observées jusqu’à 1 280 pg/m³.

Profils chimiques des PFAS mesurées et identifiées pour les deux sites sur les différents points de mesure depuis 2023 regroupant la phase particulaire et la phase gazeuse (Pierre Bénite en haut et Lyon centre en bas).
Les substances majoritaires détectées
Parmi les molécules recherchées, le PFHxA et le 6:2FTS ont été retrouvées sur les 2 sites à des niveaux plus importants que les autres composés (en moyenne 61% à Lyon centre et 88% à Pierre Bénite de la masse totale des échantillons).
Le PFOA et le PFOS, dont l’utilisation est interdite depuis respectivement 2009 et 2020 (car classés cancérogènes), ont également été retrouvés dans les prélèvements dans des proportions beaucoup plus faibles (environ 2 %).
A noter que les PFAS ont des temps de vie longs : quelques jours pour les chaines courtes (inférieures à 4 carbones) voire plusieurs années pour des composés comme le PFOA, PFOS, PFHxA, 6 :2 FTS (supérieures à 8 carbones), favorisant leur persistance dans l’environnement, même plusieurs années après leur utilisation et leur rejet.
Influence des activités locales
Le PFHxA et le 6:2FTS sont également les composés majoritaires retrouvés lors des mesures à la sortie des cheminées des 2 industriels producteurs (DREAL : Page web focus sur la situation au Sud de Lyon).
Les rejets de l’un des industriels indiquaient principalement la présence de PFHxA (96-100%), alors que le second rejetait principalement du 6:2FTS (jusqu’à 91%) et du PFHxA.
Par arrêté préfectoral, l’entreprise émettant du 6:2FTS a été contrainte de stopper fin 2024 l'utilisation de cette molécule, entraînant l’observation d’une chute significative de ses rejets aux cheminées. Cette diminution est directement observable sur les concentrations en air ambiant, comme l’indique la figure 1.
Le second site industriel a cessé d’utiliser du PFHxA fin 2025. Des mesures complémentaires pourraient venir confirmer ces baisses et confirmer la relation directe entre les rejets des entreprises émettrices et les concentrations relevées en air ambiant.
Elargir la lecture aux autres sources potentielles du secteur
Au-delà des sites industriels producteurs de fluoropolymeres, d’autres sources potentielles sont susceptibles d’impacter les mesures en air ambiant, notamment les incinérateurs, les stations d’épuration ou autres sources situées dans un secteur proche.
Cependant, pour les incinérateurs notamment, les premières mesures réalisées dans le cadre de l’arrêté du 31 octobre 2024 montrent des niveaux de concentration aux points de rejets des incinérateurs jusqu’à 100 fois plus faibles que ceux des industriels producteurs de fluoropolymères.
Parmi les composés émis on retrouve principalement du PFHxA et du 6 :2FTS, mais avec un facteur également 100 fois plus faible que pour les 2 industriels du secteur.
Influence des paramètres météorologiques
Les concentrations dans l’air peuvent être fortement influencées par les paramètres météorologiques, par exemple le vent ou la température.
- Le vent, en fonction de sa direction, peut rabattre les rejets des industries productrices de PFAS sur les sites de mesure et engendrer des niveaux de concentrations plus élevés (Figure 2). On note ici que par vent de nord, les concentrations observées sur le site de Pierre-Bénite sont en forte augmentation.
- La température, quant à elle, est suspectée, lorsqu’elle augmente, de modifier la partition entre phase particulaire et gazeuse, et ainsi accroitre les concentrations de certains PFAS dans l’air.

Concentrations moyennes en PFAS sur le site de Lyon centre et Pierre-Bénite en fonction de l’orientation principale des vents au cours des campagnes de mesure réalisées entre novembre 2023 à décembre 2025
Comparaison avec les substances retrouvées dans le sol et les dépôts
Les profils dans l’air ambiant, à savoir la distribution de chaque substance sur une mesure, sont différents de ceux retrouvés dans les sols et les dépôts, ce qui tend à indiquer que les composés détectés dans l’air ne sont pas directement liés à une remise en suspension d’une pollution ancienne qui aurait été stockée dans les sols.
Que nous apportent ces mesures ?
Ces résultats constituent ainsi les toutes premières données de concentrations de PFAS dans l’air ambiant sur la région lyonnaise, et en France. Cette première série de résultats constitue une base précieuse de connaissances qui doit continuer de s’enrichir. Elle contribue déjà aux travaux nationaux réalisés dans le cadre du plan interministériel sur les PFAS. Elle ouvre ainsi la voie vers une poursuite des travaux d’amélioration des connaissances et de surveillance des PFAS dans l’air.
Un appui aux travaux nationaux
Ces données viennent d’ores et déjà alimenter les travaux de l’ANSES sur les Valeurs Toxicologiques de Référence (VTR) par inhalation (Saisine ANSES¹).
Elles alimentent également des études sur les transferts entre milieux (air, eau, sols, biote), par exemple le projet ASTEROPA², qui vise à étudier les liens entre expositions aux PFAS et le risque de cancer du testicule (épidémiologie, dispersion des PFAS dans l’environnement, intégration de citoyens au projet).
Comment poursuivre ?
A ce stade, Atmo Auvergne-Rhône-Alpes avertit sur le fait qu’il n’existe pas encore de méthode de prélèvement de référence : ces travaux exploratoires ont été réalisés en utilisant les meilleures techniques disponibles et opérationnelles pour obtenir des résultats en concentrations dans l’air ambiant.
Le nombre de résultats actuellement disponibles reste également limité (17 échantillons pour Lyon centre et 26 pour Pierre-Bénite), et invite à la vigilance. Cela ne permet encore pas d’être représentatif de l’exposition des habitants, mais apporte des informations très précieuses jusqu’à présent inexistantes.
Vers une méthode de référence
Des travaux menés avec l’INERIS dans le cadre du plan interministériel pour établir une méthode de référence et pour alimenter les travaux sur une norme AFNOR devraient permettre de valider un protocole de prélèvement, et par la suite de déployer de nouvelles mesures dans la région.
Elargir et compléter les approches d'analyse
Actuellement, les molécules mesurées sont celles mesurées dans l’eau et dans l’air des rejets industriels, proposées par les laboratoires accrédités sur les mesures PFAS. La matrice Air étant encore peu étudiée, il est nécessaire d’approfondir sa connaissance en essayant d’identifier les composés plus susceptibles d’être présents dans l’air.
*on estime à 40 000 le nombre de PFAS existants avec seulement 10 000 molécules identifiées, et quelques dizaines seulement analysables séparément
🧮 Nombre de mesures réalisées : 17 échantillons pour Lyon centre et 26 pour Pierre-Bénite à différentes saisons
🔎 Composés détectés : 13 composés majoritairement retrouvés sur les 2 sites (PFHxA, 6 :2FTS, PFOA, PFOS, PFBA, PFPeA, PFPHpA, PFNA, FPDA, PFUnDA, PFTrDA, PFBS, N-EtFOSE)
📊 Niveaux de concentrations : quelques dizaines de pg/m³ à Lyon centre et quelques centaines de pg/m³ en moyenne avec des pointes observées jusqu’à ~ 1280 pg/m³ à Pierre-Bénite
- Le rapport d'étude d'Atmo Auvergne-Rhône-Alpes Avril 2026 : Premières mesures quantitatives de PFAS en air ambiant en région Auvergne-Rhône-Alpes
- Note bibliographique (2024) : Les Substances Per- et PolyFluoroalkylées (PFAS) en air ambiant
- ANSES (Octobre 2025) : Composés per- et poly- fluoroalkylés (PFAS) dans différents compartiments : Bilan de la contamination et catégorisation en vue de leur surveillance Connaître, évaluer, protéger. Avis de l’Anses Rapport d’expertise collective.
- DREAL Auvergne-Rhône-Alpes (2025) : Focus sur la situation au Sud de Lyon.
- Projet Atmo Auvergne-Rhône-Alpes en cours : PFAhiStory
Titre
Pour aller plus loin
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PFAS dans l'air ambiant : enjeux, connaissances et engagement d'Atmo
Les partenaires financeurs :

Informations complémentaires sur le projet
Contact : Mme Léa Villot : l.villot@giesbert-mandin.fr