PFAS dans l'air ambiant : enjeux, connaissances et engagement d'Atmo

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Comprendre ces « polluants éternels » présents dans notre environnement

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Invisibles mais omniprésents, les composés per- et polyfluoroalkylés (PFAS) constituent l'un des défis environnementaux et sanitaires majeurs du XXIe siècle. Surnommés "polluants éternels" en raison de leur persistance exceptionnelle dans l'environnement, ces composés chimiques soulèvent des inquiétudes croissantes quant à leur présence dans l'air que nous respirons. Face aux préoccupations grandissantes des citoyens, des collectivités et de ses membres, Atmo Auvergne-Rhône-Alpes s'engage dans une démarche pionnière pour mieux comprendre et quantifier cette pollution émergente sur notre territoire.

Les PFAS, c'est quoi ?

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Les PFAS constituent une vaste famille de plus de 5 000 substances chimiques synthétiques (selon l'OCDE*, certaines estimations portent ce chiffre à plus de 10 000) produites industriellement depuis les années 1950. Leur particularité ? Des liaisons carbone-fluor exceptionnellement stables qui leur confèrent des propriétés remarquables : hydrophobes (qui n’aime pas l’eau), oléophobes (qui n'aime pas l'huile ou les corps gras) et ignifuges (qui résiste au feu). Ces caractéristiques expliquent leur présence massive dans notre quotidien.

Mais cette solidité exceptionnelle a un revers : les PFAS se dégradent très difficilement dans l’environnement. Ni la lumière, ni la chaleur, ni les processus biologiques naturels ne permettent de les éliminer efficacement. Leur durée de vie dans l'environnement peut se compter en siècles, voire en millénaires pour certains. C’est pour cette raison qu’ils sont souvent appelés « polluants éternels ».

* OCDE : Organisation de Coopération et de Développement Economiques

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Pourquoi trouve-t-on des PFAS dans l'air ?

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Les PFAS proviennent à la fois de sources industrielles directes et de sources diffuses (INERIS 2025) : 

  • Sources industrielles : émissions liées à la production, à l’utilisation ou au traitement de composés fluorés dans des secteurs tels que la chimie, l’aéronautique, l’électronique, le textile ou la plasturgie ; 

  • Sources diffuses : produits de consommation courante (cosmétiques, vêtements, ustensiles, emballages, etc.) qui, libèrent des résidus dans l’environnement par rejet direct dans les eaux usées (douche, baignade..), par lessivage des déchets (eau de pluie qui « lavent » les emballages), depuis les installations de stockage et d’incinération (D’Ambro et al., 2021) ; 

  • Sources secondaires : sites de traitement des déchets, épandages de boues d’épuration des eaux usées, rejets liquides industriels ou lessivage des sols contaminés.

Une fois libérés, les PFAS présentent une forte mobilité : ils peuvent migrer dans les eaux souterraines, s’accumuler dans les sols, mais également se disséminer via l’atmosphère. Cette capacité de dispersion et de transport dans l'air explique la détection de ces composés dans des zones éloignées de toute activité industrielle, voire dans des régions polaires (Wong et al., 2018). 

Si les PFAS sont aujourd’hui bien documentés dans les eaux de surface, les nappes phréatiques ou encore les sols, leur présence dans l’air ambiant demeure très peu caractérisée (Faust, 2023). L’atmosphère constitue pourtant une voie majeure de dispersion à l’échelle locale, régionale et globale.

Les PFAS : sources et circulation dans l'environnement
Les PFAS : sources et circulation dans l'environnement
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Le territoire Auvergne-Rhône-Alpes recense plusieurs sites industriels producteurs ou utilisateurs de fluoropolymères, ce qui rend d'autant plus pertinente la surveillance de ces polluants dans l'air ambiant de la région (https://foreverpollution.eu/map/). 

Titre
Les enjeux multiples autour des PFAS

Enjeux sanitaires

Ces PFAS, une fois libérés, s’accumulent dans les êtres vivants (bioaccumulation) et se concentrent le long de la chaîne alimentaire (bioamplification).  

Chez l’humain, l’organisme ne dispose pas de mécanisme efficace pour les éliminer, ce qui conduit à une accumulation progressive dans le sang et les tissus, accumulation responsable de nombreux effets sur la santé.

Effets des PFAS sur la santé humaine (c) EFSA, European Food Safety Authority
Effets des PFAS sur la santé humaine (c) EFSA, European Food Safety Authority

Les PFAS sont capables de traverser des barrières biologiques essentielles (par inhalation, par absorption cutanée et par ingestion), entraînant des effets neurologiques (apprentissage, mémoire) et des impacts graves sur le développement des fœtus (retard de croissance, faible poids à la naissance, malformations). En 2019, l’Union Européenne a classé certains PFAS comme cancérogènes probables (comme le PFOS (acide perfluorooctanesulfonique) ou le PFOA (acide perfluorooctanoïque)). 

 

Enjeux environnementaux

Des polluants persistants aux impacts durables sur les écosystèmes. Les PFAS sont des substances extrêmement persistantes qui se diffusent dans l’ensemble des compartiments environnementaux (air, eau, sols) :  

  • Cette mobilité transversale favorise une contamination généralisée des écosystèmes, incluant les eaux de surface, les nappes phréatiques et les sols, avec des répercussions sur l’ensemble des chaînes alimentaires. 

  • Dans les milieux naturels, les PFAS s’accumulent dans la faune (EAA, 2026) et la flore (EFSA, 2026), en particulier chez les organismes aquatiques, où ils provoquent des perturbations des systèmes hormonaux, immunitaires et reproducteurs. Ils peuvent être transmis de la femelle à sa descendance, entraînant des troubles du développement, une baisse de la fertilité et une diminution de la survie des populations. 

L’évaluation du risque environnemental global des PFAS reste toutefois complexe. Elle est limitée par la grande diversité des composés regroupés sous le terme PFAS, par leur présence à faibles concentrations mais sur des périodes très longues (exposition chronique), et par leur coexistence avec d’autres polluants (plastiques, métaux, pesticides), pouvant générer des effets additifs, synergiques ou antagonistes.

Enjeux climatiques

Au-delà de leurs impacts sanitaires et environnementaux, certains PFAS présentent également un enjeu climatique. Les composés fluorés peuvent contribuer au réchauffement climatique en tant que gaz à effet de serre (GES). Leur pouvoir de réchauffement global (PRG) est a priori moins élevé que celui des gaz fluorés réglementés (PFC, HFC, SF6 et NF3), mais certains PFAS volatils pourraient néanmoins participer au forçage radiatif* et donc au changement climatique. Des recherches sont en cours pour mieux quantifier cette contribution.

*Le forçage radiatif mesure le déséquilibre entre l’énergie du soleil qui arrive sur Terre et celle qui repart vers l’espace. Certains éléments, comme les gaz à effet de serre, agissent comme une barrière : ils empêchent la chaleur de s'échapper, ce qui réchauffe l'atmosphère.

Quelle est la part des activités humaines dans les changements climatiques par rapport aux facteurs naturels ?

L’air : un maillon encore mal connu

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Si la présence des PFAS dans l’eau et les sols est aujourd’hui bien documentée, leur présence dans l’air ambiant reste encore peu caractérisée. Pourtant, l’atmosphère constitue un vecteur important de dispersion à l’échelle locale, régionale et même internationale - ANSES, 2025.

La mesure des PFAS dans l’air pose plusieurs défis.

  • Les concentrations sont extrêmement faibles, de l’ordre du nanogramme ou du picogramme par mètre cube d’air (d’une façon imagée, cela représenterait une goutte d’eau dans une piscine olympique) ;
  • Les méthodes de prélèvement et d’analyse ne sont pas encore harmonisées au niveau international ;
  • Enfin les valeurs de référence pour l’exposition par inhalation sont encore en cours d’élaboration. 

Ces incertitudes rendent nécessaire le développement de campagnes exploratoires afin de mieux comprendre les niveaux de concentration, les formes chimiques présentes et les mécanismes de transport et de dépôt.

PFAS, un sujet complexe à l’étude
PFAS, un sujet complexe à l’étude

Face à ces lacunes, les campagnes exploratoires de mesure deviennent cruciales pour : 

  • Documenter les niveaux de concentration de PFAS dans l’air ambiant ; 

  • Identifier les types de PFAS majoritairement présents ; 

  • Mettre en place un réseau de surveillance harmonisé et standardisé. 

Atmo, acteur clé sur la problématique des PFAS ​dans l’air ambiant

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2023 : Lancement de travaux exploratoires par Atmo Auvergne-Rhône-Alpes 

Face à une sollicitation croissante de ses membres, des collectivités et des citoyens manifestant leur inquiétude grandissante sur le sujet des polluants éternels dans l'air ambiant, Atmo Auvergne-Rhône-Alpes a initié dès 2023 des travaux exploratoires :  

  • Réalisation d’une bibliographie approfondie : recensement des connaissances internationales sur les PFAS atmosphériques
  • Échanges techniques avec les partenaires nationaux et internationaux (AASQA, laboratoires de recherche, organismes de normalisation)
  • Développement d'un protocole dont l'objectif est de quantifier dans l'air ambiant une partie des PFAS
 Atmo Auvergne-Rhône-Alpes au cœur de la recherche pour améliorer la surveillance
Atmo Auvergne-Rhône-Alpes au cœur de la recherche pour améliorer la surveillance

Ces travaux exploratoires ont eu pour objectif de concevoir une méthode s'appuyant sur l'expérience et les méthodes de référence utilisées par Atmo pour le prélèvement des polluants atmosphériques. En ligne de mire : la production de premières données de surveillance dans l'air ambiant sur l'agglomération lyonnaise. 

Atmo a ensuite mis en place des premiers tests de protocole de mesure à l'aide de préleveurs d'air à haut-débit qui ont permis d'explorer : 

  • La capacité de différents matériaux (filtres, adsorbants) à capter efficacement les PFAS 

  • La détermination du débit optimal d'aspiration d'air et de la durée des prélèvements 

  • La collaboration avec un laboratoire d'analyse compétent pour la quantification des PFAS

2024-2025 : Mise en place d'une première méthodologie de mesure quantitative des PFAS dans l'air ambiant 

Une fois une première méthode de prélèvement définie, les premiers essais ont été menés afin de développer une méthodologie de mesures de ces polluants dans l'air ambiant, dans l'objectif de récolter les premières données quantitatives dans la région. 

Dispositif de prélèvement et d'analyse : 

  • Sites de prélèvement : deux sites de fond urbain et sous influence industriel de producteurs de fluoropolymères dans le bassin lyonnais, où des projets avaient déjà été initiés sur d'autres matrices environnementales (eau, sol) 

  • Type de prélèvement : utilisation de préleveurs à haut débit permettant de collecter des volumes d'air suffisants pour atteindre les limites de quantification analytiques 

  • Campagnes : prélèvements réalisés sur plusieurs périodes pour évaluer la variabilité temporelle 

  • Analyse : collaboration avec un laboratoire spécialisé capable de quantifier une sélection de PFAS parmi les plus pertinents d'un point de vue toxicologique et de fréquence de détection 

Objectifs multiples de cette démarche pionnière 

Il s'agit en première intention pour Atmo Auvergne-Rhône-Alpes de lancer des travaux permettant de répondre aux interrogations du territoire, de ses citoyens et de ses membres, tout en conservant un positionnement scientifique et neutre. En tant que référent Air sur le territoire régional, nous souhaitons mettre notre expertise au service de la recherche et de l'innovation, qui font aussi partie de notre ADN, avec pour objectifs : 

  • Compléter les travaux menés par d'autres acteurs sur les autres matrices (eau, air à l'émission, sol, aliments), en investiguant les PFAS dans le compartiment Air ambiant, jusqu'ici peu documenté 

  • Développer une méthode robuste de prélèvement et d'analyse quantitative des PFAS dans l'air ambiant et collecter des premières données de PFAS en concentration dans l'air 

  • Explorer la présence de PFAS dans différents environnements, et notamment sur des sites éloignés des sources de PFAS connues, afin d'évaluer la dispersion atmosphérique de ces polluants 

  • Contribuer de façon plus globale à la connaissance sur ces polluants émergents, notamment en fournissant des mesures pouvant alimenter les travaux sur les Valeurs Toxicologiques de Référence (VTR) et les modèles d'exposition 

  • Anticiper et produire des premières données d'observation dans l'air sur le territoire Auvergne-Rhône-Alpes, alors que les données sur les PFAS dans l'air ambiant sont encore très rares au niveau national 

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Un contexte réglementaire et scientifique en construction

Absence de cadre réglementaire pour l'air ambiant

PFAS vers une harmonisation de la réglementation internationale
PFAS vers une harmonisation de la réglementation internationale

À ce jour, il n'existe pas de méthode de mesure standardisée pour les PFAS dans l'air ambiant au niveau mondial. Aucune valeur réglementaire ou guide n'encadre les concentrations de PFAS dans l'air, contrairement à d'autres matrices.

Cette absence de cadre réglementaire pour l'air ambiant s'explique par le manque de données de mesure et de connaissances sur les niveaux d'exposition atmosphérique et leurs impacts sanitaires.

Une situation française inédite

Actuellement, très peu de données concernant les PFAS dans l'air ambiant sont disponibles au niveau international, et aucune en France jusqu'à présent s'agissant de concentrations quantifiées dans l'air ambiant

Des mesures indicatives dans l'air ont déjà été réalisées par arrêté préfectoral dans le Sud Lyonnais sans toutefois permettre le calcul de concentrations de ces polluants dans l'air. Des contrôles réguliers de la présence de PFAS sont toutefois déjà effectués pour d'autres matrices, comme l'eau de consommation, les sols, les milieux aquatiques ou les denrées alimentaires. 

Les travaux d'Atmo Auvergne-Rhône-Alpes sur les concentrations de PFAS dans l’air, venant compléter les mesures dans les autres matrices, positionnent par conséquent la région en territoire pionnier de la surveillance atmosphérique des PFAS en France.

Contribution aux travaux nationaux

Ces travaux et résultats viennent alimenter : 

  • Les travaux de l'ANSES (Agence nationale de sécurité sanitaire) sur l'évaluation des risques liés aux PFAS 

  • Plus généralement, le plan d'actions interministériel sur les PFAS publié en avril 2024, qui vise à mieux connaître, surveiller et réduire l'exposition de la population à ces substances (Plan PFAS 2024). Des travaux sont notamment en cours avec l’INERIS pour intercomparer des méthodologies de prélèvement en air ambiant qui pourront venir alimenter les travaux de l’AFNOR sur les normalisations. 

  • Les réflexions sur l'établissement futur de valeurs guides ou de seuils réglementaires pour l'air ambiant 

Conclusion

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Face à l'enjeu majeur que représentent les PFAS pour la santé publique et l'environnement, Atmo Auvergne-Rhône-Alpes a fait le choix d'une approche proactive et scientifiquement rigoureuse. En l'absence de méthode standardisée et de données françaises sur les PFAS atmosphériques, notre observatoire s'engage dans une démarche pionnière visant à produire les premières connaissances sur cette pollution émergente dans l'air que nous respirons.

Cette mission s'inscrit pleinement dans notre rôle d'acteur de référence sur la qualité de l'air en Auvergne-Rhône-Alpes : anticiper les problématiques émergentes, développer l'innovation méthodologique et mettre notre expertise au service de la protection de la santé et de l'environnement

Les travaux menés aujourd'hui constitueront demain les fondations d'une surveillance pérenne et d'une meilleure compréhension de l'exposition des populations aux polluants éternels. Ils contribueront également à éclairer les décisions publiques et à renforcer la vigilance collective face à ces substances qui, par leur persistance exceptionnelle, engagent la responsabilité de notre génération envers les suivantes.

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